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Lacauselitteraire.fr – L’Autre

Un thriller de livre, tenant en haleine son lecteur en quelques heures passées – toutes affaires cessantes – dans ces pages fortes. Un policier ? Que non pas ! Mieux, une enquête fine qui désosse au petit couteau de cuisine (et elle s’y connaît, Sylvie Le Bihan !) une relation, un couple, où l’une – celle qu’on suit, qu’on regarde – est défaite de bout en bout par l’autre. Une histoire de maltraitance conjugale ? d’un genre à part. Une affaire d’emprise ? Il y a de ça, en plus raffiné. Un Vaudou qui marcherait dans la rue ? Eh bien…

Scénario digne d’un film réussi (qui, soyons-en sûrs, naîtra un jour prochain) : une femme moderne (un peu naïve sous des abords délurés), en activité professionnelle porteuse, rencontre… – lecteurs qui tressaillent dès les premiers mots du Petit Chaperon rouge, s’abstenir – un de ces nouveaux séducteurs-trader, plein aux as, avocat d’affaires, comme les rues de La City de Londres en regorgent :

« Des spermatozoïdes vides en costume sombre dans une queue en érection… ils montaient, se bousculaient dans les escaliers, croche-pattes, délits d’initiés, évaluations à l’acide mensonge, coups bas et trahisons. De petits hommes… ».
Le jeune loup de la finance (le film sur celui de Wall Street refait surface de temps à autre, dans nos mémoires) est un vrai prédateur, dont les armes dissimulées sont manipulation mentale et harcèlement moral. Un empoisonnement lent et sûr, dont le travail implacable n’est guère visible à l’œil nu/social. Du grand art. Un détricotage hautement toxique de la personnalité de sa proie/femme, dont le naufrage annoncé, prévisible, visionné en trois dimensions, est le refrain remarquable du livre.

« Il attendait de toi, comme un enfant peut l’attendre de sa mère, que tu allèges le poids de ses tensions et que tu soulages ses angoisses… ton sein flétri, à sec, à vif ne satisferait jamais sa soif, et tu deviendrais sa pire ennemie… ».

Ce n’est pas elle, la victime, qui parle, mais un observateur extérieur qui lui dit « tu », à moins que ce ne soit une voix en elle qui lui parle ; on n’ose dire sa conscience. On y gagne en force descriptive ; sorte de corps posé sur la table des autopsies, on est à même de constater les dégâts, les mochetés, quasi à la loupe.

Aux États Unis – quartiers pauvres des émigrations récentes (dernières couches ; ceux de l’Est de l’Europe, coiffant des Hispaniques aux figures d’ancêtres), une autre femme – Maria – traverse un autre enfer : les coups, la violence intraconjugale – panel complet – l’alcool et les gamins terrorisés. Âmes sensibles, attention ! certaines scènes peuvent vraiment choquer, comme on nous dit au 20 H : « Maria en boule, hérisson hébété, dont la peau foncée laisse remonter lentement à la surface les traces rouges et mauves des coups… ». Deux faces de la médaille/maltraitance de la femme ; l’éclairée – couleurs criantes, la plus connue ; les torgnoles bien sanglantes, qui font un bruit de tonnerre ; dans un décor plus ombreux, les coups de dedans ; apparence lisse ; en noir et blanc. Moins de boucan ? Moins de mal ? Les deux cognent et tuent nous dit Le Bihan ! on n’en doute plus, en refermant le livre ; cœur malmené, au bord des lèvres ; malaise.

Entre les beaux quartiers européens, et les trottoirs de New-York, un pont, ou plutôt des Twins Towers un certain 11/9. Les deux monstres y passèrent – non, y sont passés ! Entre les deux victimes, le même lieu, ce Ground Zero honoré en Septembre 2011 :

« La chorale est en place, garante de l’innocence et de la continuité, blonds, asiatiques, arabes, blacks, tout va bien… quatre pompiers déploient une bannière étoilée, avec des trous et des traces de brûlures… le battement des secondes emplit ta tête… – tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire – tu récites ces vers de Racine comme on égrène les paroles d’une eulogie… ».

Juste au moment du grand bang en prise avec l’Histoire, quelque chose dans la trajectoire de ces deux femmes-là ?  Répétons-le : lire L’autre, avant de dormir, est déconseillé. Risques graves de troubles perdurant. Secouant, le livre !

Martine L Petauton  

http://www.lacauselitteraire.fr/l-autre-sylvie-le-bihan

 

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