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Lesmeconnus.net – « Là où s’arrête la terre » : le moment où tout recommence

 

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Sylvie Le Bihan a publié Une Petite Bibliothèque du gourmand, aux éditions Flammarion et son premier roman, L’autre, paru aux éditions du Seuil, a remporté le prix du premier roman à la Forêt des Livres en 2014.

Son dernier livre, Là où s’arrête la terre, ne fait pas dans la dentelle. Si vous désirez un livre léger à la « chick-lit » ou un beau roman qui finit bien, je vous le déconseille. Pas que le livre finit mal, mais… disons que l’histoire de Marion, Paul, Niels et Roger n’est pas un casse-tête de 35 morceaux. Chaque pièce du jeu est minuscule et il faut patience et ouverture pour bien accueillir ces personnages qui n’ont rien à voir avec un conte de fées.

C’est noir, parfois sado-maso, cruel, un échange sans censure. Pas de sexe. Roger est gay et Marion a perdu son amant Niels et son mari Paul alors qu’elle croyait dominer la situation. Les quatre principaux personnages du roman sont des monstres d’égoïsme. Chacun se croit le centre de l’univers. Mais la terre ne cessera de tourner ni pour l’un ni pour l’autre.

Que dis-tu quand je ne t’écoute pas?

« Marion ferme les yeux, appelant de tout son corps la fin du jour qui efface les silhouettes et met tout au passé, le néant, l’amnésie son seul espoir pour échapper à la réalité de leur rupture. La vie sans… à partir de maintenant. Ne plus penser à eux, circulez! Il n’y a jamais rien eu à voir… »

Il y a jeu entre mari et femme, tout aussi égoïstes l’un que l’autre. Manipulation perverse. Insidieuse. Jalousie, adultère. Paris. Marion révèle à son mari l’existence de son amant, Niels. Elle est enceinte. Il la jette dehors.

« Arrête. S’il te plaît, arrête. Aide-moi à t’aimer sans avoir peur, rassure-moi! C’est pour ça que je t’ai trompé. Tu ne vois pas que je ne dis que des conneries, que je suis complètement paumée. C’est pas ça la vérité. Crois-moi, elle est bien pire. Mais c’est pas ça, lui je ne l’ai jamais aimé, il m’a servi à me protéger. »

Marion a cru tout contrôler : amant, mari, sa profession d’architecte. Elle a 40 ans et se retrouve enceinte sans savoir qui est le père. Tout le système qu’elle avait mis en place s’écroule. Ella va jusqu’à lui fait croire qu’elle lui a pardonné son infidélité alors qu’elle a fait pire, cent fois pire. Hypocrisie. Elle prend plaisir à le faire souffrir, mais au fond, les deux sont des âmes de merde.

Elle pense rejoindre son amant, mais qu’y trouvera-t-elle de plus? N’est-ce pas toujours la même chose? Ils baisent. Se quittent. Pas d’amour, pas d’attache. Marion ne sait plus où aller alors elle marche dans le vide, le néant qu’elle a tant fui, mais qu’elle mérite pourtant.

Elle abouti donc dans une église où elle rencontre Roger, un être abîmé comme elle. Par défi, il propose de l’emmener dans le Finistère. Elle accepte et ils passeront dix jours à se parler, à se quereller, à se mépriser, mais aussi à se deviner.

Je, me, moi

Roger sait où il va, mais voudrait oublier d’où il vient. Sa mère, son bourreau, est sur son lit de mort et pourtant, il n’arrive pas à choisir de la débrancher.

«  Alors il avait attendu de longues heures dans l’obscurité de cette chambre d’hôpital […] qu’elle crève de douleur et de honte… […] Qu’elle encaisse comme lui avait encaissé. Qu’il lui raconte […] Cet amour avorté suivi de ces nuits à se faire enculer dans les bas-fonds de Paris pour se punir d’avoir perdu tant d’années. […] Rejouer les scènes de son enfance, un acting-out sur des hommes, avec des hommes, pour contrôler et ne plus jamais se laisser abuser. »

Roger voit en Marion le contrôle abusif de sa mère, la femme qui veut posséder l’homme en abusant de lui de toutes les manières possibles. Marion le critique, lève les yeux sur lui, comme s’il était chose répugnante et qu’il devrait avoir honte d’être ce qu’il est…

Roger tente de réveiller Marion à coup de claques dans sa réalité, sa fuite. Mais Marion se fout de cet homme homosexuel qui lui raconte sa première sodomie.

Tous deux ont souffert par amour. La mère de Roger a abusé de lui. La mère de Marion a quitté son père qui a pleuré pendant des années pour cette femme égoïste. Pathétique. Elle n’a rien à attendre de ce genre d’hommes sans orgueil. Elle a donc choisi un mari et un amant tout aussi égoïstes qu’elle. Pourtant, elle souffre.

Roger est homme fragile et près de ses émotions; il lui renvoie l’image de sa propre vulnérabilité. Elle aurait voulu être devant un homme saoul, insignifiant, mais elle est tombée sur un homme qui la devine.

Roger sait le mal dont certaines femmes sont capables.

« Vous n’avez que ce « je » à la bouche. Au fond c’est ça votre problème. Tout est centré sur vous, votre histoire, vos souffrances, rien à foutre des autres, leurs problèmes n’arrivent pas à vos chevilles. Mais vous voulez savoir ce que je pense de vous, moi qui fais partie des autres que vous vomissez? »

Elle ne veut pas le savoir. Pourtant, elle est si démunie et aurait voulu être tout pour son mari et pour son amant. Elle est demeurée la femme de Paul, la femme dans l’ombre de Niels, se faisant croire qu’elle contrôlait la situation alors que tout la contrôlait. Elle n’a pas su tirer les bonnes ficelles.

Au bout du tunnel

Il y en a qui sombrent dans l’alcool, d’autres dans la drogue. Eux, ils ont choisi la fuite. Mais on ne peut fuir la vie ni le temps. À l’intérieur de leur huis clos, ils étouffent, dramatisent, sans concession. Marion en veut à la terre entière que son fragile équilibre soit rompu. Roger en veut à la terre de ne pas avoir eu d’équilibre, point.

Ils n’auront plus rien pour fuir puisque le silence est porteur de drame et que les mots tuent. Il y aura vengeance par procuration. Il y aura naissance. Coup d’éclat!

On n’éprouve aucune empathie pour les personnages, mais l’écriture de Sylvie Le Bihan rend leur histoire palpitante et désarmante. C’est cru, c’est saignant, ça frôle le tartare d’émotions! À lire!

Élizabeth Bigras-Ouimet

http://lesmeconnus.net/la-ou-sarrete-la-terre-le-moment-ou-tout-recommence/

Là où s’arrête la terre, Sylvie Le Bihan, Éditions du Seuil, 2015.

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